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Clair Obscur: Expedition 33 – Pourquoi j’ai choisi l’une des deux fins et ce que cela m’a appris sur le deuil

Alors je vous préviens, ne vous attendez pas forcément à une explication objective de la « bonne fin » dans Clair Obscur: Expedition 33.
Mais plus un point de vue subjectif !

Cela faisait longtemps qu’un jeu ne m’avait pas autant marqué.
Encore plus rare : j’ai eu du mal à le finir.
Pas à cause de la difficulté, mais à cause de l’émotion.
La fin Verso m’a bouleversé plus que je ne l’aurais imaginé.
Et elle m’a permis d’apprendre quelque chose sur moi-même.


Clair Obscur: Expedition 33 – La fin Maëlle : un monde beau, mais irréel

J’ai vu la fin Maëlle.
Elle est forte, touchante, mais surtout terriblement oppressante quand on la regarde jusqu’au bout.
Revoir Gustave devrait émouvoir, mais l’effet inverse s’est produit pour moi.
Ce monde figé ressemble davantage à une cage dorée qu’à un véritable espoir.
Tout est trop parfait, trop lisse pour être honnête ou naturel.
Même Gustave, qu’on retrouve, semble n’être là que pour rassurer Maëlle.
Mais Verso, lui, est absent tout en étant présent.
Et son absence dit tout.

Il ne veut pas vivre dans ce monde reconstruit de souvenirs et d’illusions.
Ce silence de Verso devient une réponse brutale, mais honnête à ce que propose cette fin.
Elle refuse le deuil.
Elle tente de le contourner avec une peinture vivante, mais fausse.
Et même Maëlle, malgré un sourire final, est juste enfermée dans la boucle du deuil.


Verso : le poids du chagrin, la beauté de la vérité

En tant que grand frère, j’ai immédiatement compris Verso.
Il ne veut pas que sa famille soit enfermée dans le passé.
Il sait que le monde est cassé.
Mais il préfère vivre dans la douleur vraie que dans une illusion parfaite.
Ce choix est déchirant, mais profondément humain.
Il incarne une vraie réponse au deuil : l’acceptation.

La scène où Verso prend le petit Verso par la main est peut-être la plus belle du jeu.
Il lui murmure : « C’est fini. »
Pas un cri héroïque, pas une promesse flamboyante.
Juste une phrase simple, humaine, fatiguée et sincère.

On sent tout : la tristesse, la lassitude, mais aussi l’amour inconditionnel.

Verso ne gagne pas.
Il ne sauve pas le monde au sens traditionnel.
Mais il sauve ce qui peut encore être sauvé : sa mémoire, ses proches, son humanité.

Mais c’est là où le jeu est fort, est-ce qu’on ne vient pas de génocider un monde quelque part ? Et c’est ce que j’adore, aucune fin ne donne une explication juste à la fin de Clair Obscur.
On doit forcément sacrifier quelque chose !


L’âge de Maëlle : 33 ans, un chiffre chargé de sens

Une chose m’a frappé avec du recul : l’âge de Maëlle, ou plutôt d’Alicia.
Elle a 33 ans si l’on additionne les années passées dans le monde réel et celles dans le tableau.
Et ce chiffre, dans notre culture, est tout sauf anodin.
C’est l’âge du Christ lors de sa mort, selon la tradition.
Un âge qui symbolise la fin d’un cycle, le sacrifice, la transformation.

Alicia est morte symboliquement en devenant Maëlle.
Elle renaît dans un autre monde, sans mémoire, sans repères.
Elle vit une vie qui n’est pas la sienne, puis revient à elle-même.
Ce parcours s’inscrit parfaitement dans la symbolique du chiffre 33 : mort, renaissance, vérité.
Même si quelque part, c’est Verso qui s’est sacrifié.

Même le titre du jeu – Expedition 33 – prend un nouveau sens à mes yeux.
Ce n’est pas juste une mission militaire, c’est un voyage initiatique, spirituel même.
Y’a de quoi faire un article sur ce genre de symbolique dans le jeu !
Un chemin vers la résilience, la mémoire, l’acceptation de la perte.


Aline et Renoir : réapprendre à s’aimer après l’oubli

L’un des éléments les plus puissants de la fin Verso, c’est la réconciliation entre Aline et Renoir.
Ils ne se prennent pas dans les bras, ne déclarent pas leur amour.
Mais dans un simple regard, tout est dit.
Après soixante-sept années de lutte, de silence, de douleur, ils se retrouvent.
Non comme artistes tout-puissants, mais comme époux brisés et parents meurtris.

Renoir n’a jamais été un méchant classique.
C’est un père désespéré, un mari épuisé par l’amour et le chagrin.
Détruire le monde peint était sa manière de forcer Aline à revenir dans le réel.
Et dans la fin Verso, elle comprend enfin ? Enfin je crois ?
Elle lui pardonne, et il la libère.

J’avais vraiment peur que la famille de Maëlle continue d’être dysfonctionnelle.
C’est aussi l’explication pour laquelle on a pas une troisième fin plus diplomatique de Clair Obscur…


Cléa : la colère comme moteur

Cléa m’a laissé un sentiment mitigé.
Elle reste silencieuse pendant l’enterrement.
Mais on comprend qu’elle ne compte pas en rester là.
Elle partira, sans doute, à la chasse aux Écrivains.
Ceux qui ont causé tant de pertes, directement ou indirectement.

Je ne lui en veux pas.
C’est sa manière à elle de gérer le deuil.
Là où Verso construit, elle combat.
Chacun affronte l’absence avec les armes qu’il a.
A chacun sa manière de faire le deuil mais elle pourrait être un personnage intéressant à jouer dans une séquelle (j’en parlerais dans un prochain article).


Maëlle, comme l’Horace survivant

L’histoire des Horaces et des Curiaces m’a beaucoup aidé à comprendre le rôle de Maëlle.
Dans ce mythe, trois frères romains, les Horaces, affrontent trois frères ennemis, les Curiaces.
Deux Horaces meurent.
Le dernier Horace fuit… mais ce n’est pas une lâcheté.
Il isole ses adversaires, les fatigue, puis les bat.
Les Curiaces étant blessés mais pas de la même manière n’ont pas réussit à le suivre à la même vitesse donc le dernier Horace peut les battre un à un.

Maëlle agit comme lui.
Elle ne fonce pas.
Elle tombe, elle se perd, elle fuit.
Mais elle survit, et finit par comprendre.

Fuir, parfois, ce n’est pas abandonner.
C’est se préparer à mieux affronter ce qui vient.
Maëlle ne devient pas une héroïne classique.
Mais elle devient une survivante, capable de vivre avec la vérité.


Ce que je retiens de la fin de Clair Obscur: Expedition 33

Ce jeu m’a marqué comme peu l’ont fait.
J’aurais aimé une fin où l’on couronne Gustave aha.
Il m’a fait réfléchir, et même reculer avant de le finir.
Parce que terminer Expedition 33, c’est aussi faire le deuil d’un univers.
Un monde d’émotions, d’idées, de douleurs et de beauté.

On s’attache à Sciel et son histoire de suicide, à Gustave et Sophie, à Lune et sa famille, à Monoco et Noco…
On s’attache depuis le début à Maëlle mais perso je me serais pas attendu à m’attacher à Verso vu la fin de l’acte 1!

C’est pour ça que même si je ne choisis pas la fin Maëlle, je peux parfaitement la comprendre !
Pourquoi quitter un monde utopique (à la fin) pour rejoindre une famille dysfonctionnelle ?!
Un monde qui quelque part n’avait rien demandé !

Car en vérité, si cette famille avait un peu de communication entre elle, on aurait bien mieux que les deux fins mais chacun semble enfermé, voire même bunkerisé derrière ses convictions.

Même Verso et Maëlle ne sont pas parfaits.
Maëlle gomme Alicia sans laisser à Verso le temps du deuil…
Et Verso aurait pu sauver Gustave mais le laisse mourir car il saura que jamais Maëlle ne supprimera le tableau sinon.
Et cela influe le joueur ! Si vous n’avez pas fait le deuil de Gustave, évidemment que la fin Maëlle est plus intéressante !
Et je trouve cela tellement bien joué de la part des créateurs du jeu !

Ne vous attendez pas à trouver une explication toute faite de la fin de Clair Obscur.
Le jeu veut que vous tranchiez ! Et forcément il y’aura des dégâts.

La fin Verso n’est pas parfaite.
Mais elle libère les deux Verso, le vrai et la copie, d’une sorte de non-vie éternelle.
Mais la fin est juste. On arrête de peindre pour recommencer à vivre.
Et pour moi, c’est la plus belle manière de répondre à la perte.

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