La France, c’est le pays où on peut disserter pendant trois heures sur la Nouvelle Vague, citer Victor Hugo au café… et oublier joyeusement que le pays vit aussi de rats en 4K, d’assassins qui grimpent sur Notre-Dame et de moines qui se téléportent dans des vaisseaux spatiaux.
On se voit volontiers comme un peuple de cinéma, de gastronomie, de littérature. Mais dès qu’on parle de jeux vidéo, ça devient plus flou.
On connaît “Ubisoft”, vaguement “Assassin’s Creed”, et parfois on s’arrête là, comme si c’était un petit accident culturel, un truc d’ados qui joue à FIFA.
Sauf qu’en vrai, le jeu vidéo en France pèse plusieurs milliards d’euros, des centaines de studios, des milliers d’emplois créatifs, et une influence mondiale qui va bien au-delà d’un simple logo bleu sur fond blanc.
Pour ce MoogleMap #5, j’avais envie de pointer la carte non pas vers la Finlande ou la Colombie, mais vers chez nous.
Regardons la France comme un monde ouvert de JRPG : capitales, hubs secondaires, classes spéciales, “builds” régionaux… et une constante : on a beaucoup plus de jeu vidéo dans les veines que ce qu’on aime admettre.
Paris / Île-de-France : le hub des blockbusters et des récits interactifs

Si la France était un MMO, Paris et l’Île-de-France seraient la capitale où se regroupent les grosses guildes et les quêtes “main story”.
C’est ici qu’on trouve quelques-uns des studios les plus visibles du pays.
En tête, forcément, Ubisoft (Montreuil / Paris), mastodonte derrière Assassin’s Creed, Far Cry, Watch Dogs, Just Dance, Prince of Persia et j’en passe.
On peut aimer ou critiquer leurs jeux, mais impossible de nier l’empreinte : pendant des années, une partie du monde a découvert l’histoire par “Assassin’s Creed en Égypte”, “Assassin’s Creed à Paris” ou “Assassin’s Creed chez les Vikings”.
Toujours en région parisienne, on tombe sur Quantic Dream, spécialiste des jeux narratifs à choix multiples (Heavy Rain, Beyond: Two Souls, Detroit: Become Human).
Qu’on accroche ou non à leurs scénarios, ils ont contribué à installer l’idée que la France sait faire du jeu “cinématographique” qui discute avec le cinéma, pas seulement du platformer kawaii.
On ajoute à ça Don’t Nod / DON’T NOD (Life is Strange, Vampyr, Tell Me Why, Jusant…), qui a imposé une vraie “French touch” du jeu narratif sensible, souvent centré sur les personnages, les émotions, les identités.
Autour de ces gros noms gravitent des éditeurs et acteurs importants (Focus Entertainment, Gameloft, Microids…), des écoles (ENJMIN, Gobelins, ISART, etc.), des événements et tout un écosystème qui a fini par convaincre l’État que le jeu vidéo est aussi une industrie culturelle à soutenir : crédit d’impôt jeu vidéo, aides du CNC, dossiers “jeux vidéo” au Ministère de la Culture.
Paris, c’est donc un peu la “capitale classe Mage/Politique”. Beaucoup de budgets, de gros projets, des jeux qui parlent à tout le monde.
Mais aussi les débats, les lobbies, les commissions qui décident si le jeu vidéo entre ou non dans les cases “culture” des rapports officiels.
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Lyon, Bordeaux, Montpellier : la diagonale des “AA ambitieux”

Si on descend vers le sud, on tombe sur une diagonale de villes qui ont chacune leur “build” bien particulier.
Lyon, c’est le royaume d’Arkane Studios.
Dishonored, Prey (2017), Deathloop… Arkane incarne une forme de système game design “immersive sim” à la française : niveaux ouverts, pouvoirs à combiner, situations émergentes.
Le genre de jeux qui font briller les yeux des fans de “je fais un run sans tuer personne, puis un run où je mets tout le monde au plafond avec la télékinésie”.
Lyon incarne la “classe Rogue / Mage” : subtilité, infiltration, systèmes.

Bordeaux fait très fort aussi, avec Asobo Studio, qui a explosé avec A Plague Tale: Innocence / Requiem, avant de piloter Microsoft Flight Simulator 2020.
A Plague Tale, c’est :
- une DA très marquée,
- des thèmes lourds (la peste, la famille, la violence),
- des rats qui ont traumatisé plus d’un joueur.
Flight Simulator, c’est l’extrême inverse : simulation, précision, gigantisme technique.
À côté, toujours à Bordeaux, on trouve Shiro Games (Northgard, Dune: Spice Wars), qui a fait de la stratégie “accessible mais profonde” son terrain de jeu.

Montpellier, de son côté, mélange anciens et nouveaux.
- Ubisoft Montpellier a donné Rayman Origins/Legends et Beyond Good & Evil, soit une très belle partie du patrimoine “platformer poétique” français.
- Sandfall Interactive, avec Clair Obscur: Expedition 33, est en train de s’imposer comme un studio à surveiller de près.
JRPG à la française, direction artistique forte, succès critique et commercial.
Cette diagonale Lyon–Bordeaux–Montpellier, c’est un peu ta “lignée de classes AA+” : des jeux moins massifs que les gros triple A américains, mais qui ont un style, une identité, une prise de risque que beaucoup de joueurs associent désormais à la “French touch” du jeu vidéo.
Indés, coups de génie et studios “classe spé”

Si on zoome encore, on tombe sur plein de studios plus petits, mais qui ont marqué la carte mondiale.
Il y a évidemment Motion Twin (Dead Cells), basé à Bordeaux, qui a prouvé qu’un rogue-lite 2D avec du pixel art peut tout casser à l’international.
Dead Cells, c’est typiquement le genre de jeu qui fait dire : “Attends, ça c’est français ?”
Sloclap (Absolver, Sifu) incarne la voie du jeu d’action technique : systèmes de combat profonds, animations soignées, forte identité visuelle.
BlueTwelve Studio, avec Stray, a mis la France sur la carte du “jeu où tu es littéralement un chat dans un monde cyberpunk”, ce qui coche plusieurs cases Internet d’un coup.
On peut citer aussi :
- Spiders (GreedFall, Steelrising), avec ses RPG AA au parfum un peu “Euro-jank assumé” mais qui a fermé récemment.
- Cyanide (Styx, Blood Bowl, Werewolf).
- Et une myriade de studios mobiles ou cross-développement (Voodoo, Homa, etc.).
En MoogleMap, tout ça, ce sont les “classes spécialisées” :
- rogue-lite,
- simulation,
- action technique,
- RPG AA, qui prouvent que la France ne se résume pas à “jeux Ubi” et “jeu narratif à QTE”.
La France vue dans les jeux : décor, cliché ou terrain d’expérimentation ?

Une MoogleMap, ce n’est pas seulement “quels jeux sortent de ce pays”.
C’est aussi “comment ce pays apparaît dans les jeux”.
Évidemment, la France, c’est Paris.
On a eu le Paris d’Assassin’s Creed Unity, reconstitution ultra détaillée de la Révolution française, Notre-Dame modélisée pierre par pierre, ruelles, foules, guillotines.
On a eu des niveaux “France” dans d’innombrables jeux :
- jeux de course,
- jeux de baston,
- jeux de guerre, où la Tour Eiffel et les cafés servent de décor plus que de personnage.
Mais la France a aussi inspiré des univers plus subtils :
- des JRPG, animés, films et jeux reprenant l’architecture, la mode ou l’ambiance “euro-fantasy” façon France XVIIIe / XIXe ;
- des jeux où l’on retrouve des clins d’œil à la cuisine, à la langue, à la littérature.
Les propres jeux français jouent parfois avec ça :
- Assassin’s Creed Unity utilise Paris comme terrain de parcourt historique.
- A Plague Tale fait une France médiévale sombre, triste, infestée de rats, loin de la carte postale.
- Stray, même s’il est plus “global cyberpunk”, a été conçu avec une sensibilité européenne bien marquée.
On est souvent à la fois décor de carte postale et champ d’expérimentation historique.
C’est un mélange assez français, finalement.
Un patrimoine pris très au sérieux.
Mais on le laisse aussi être le décor où les joueurs du monde entier viennent glisser en capuche sur les toits.
Un pays qui pèse lourd, mais qui ne se vit pas toujours “pays de JV”

Regardons la fiche de perso de la France :
- Chiffres :
- En 2020, le jeu vidéo en France pèse environ 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires marchand (et plus de 5 milliards quelques années plus tard, selon les périmètres).
- Des centaines de studios, des milliers d’actifs, de l’éducation spécialisée, des salons, des événements, des labels, des aides publiques.
- Reconnaissance culturelle :
- Le Ministère de la Culture a désormais une rubrique “Jeux vidéo”, des études, des dispositifs, des chiffres, des politiques.
- Des bibliothèques et médiathèques intègrent du jeu vidéo dans leurs collections et leurs animations.
Et en même temps, on est encore dans un pays où :
- on explique parfois que le jeu vidéo « c’est dangereux pour les jeunes” à la télé,
- on oublie d’inviter des développeurs quand on parle de culture contemporaine,
- et beaucoup de joueurs eux-mêmes ne savent pas que certains de leurs jeux préférés viennent de chez eux.
La France, dans cette MoogleMap, c’est un peu le personnage de JRPG qui a tous les stats dans le vert, mais qui a encore un malus de confiance en soi.
On fait des jeux respectés dans le monde entier, on anime des salons comme Games Made in France, on voit des studios français sur scène aux Game Awards.
Et pourtant, il y’a encore du mal à dire tout simplement : “Oui, c’est un pays de jeux vidéo.”
Moogle conclusion : la France sur la carte, mais encore pas assez dans le miroir

Pour ce MoogleMap #5, je voulais surtout retenir une chose :
si tu aimes les jeux vidéo, tu vis dans un des pays qui en fabrique le plus, et pas qu’en mode “petit artisan”.
Il y’a :
– Des blockbusters mondiaux (Assassin’s Creed, Far Cry, Microsoft Flight Simulator 2020, A Plague Tale),
– Des jeux narratifs qui ont marqué une génération (Life is Strange, Detroit),
– Des indés cultes (Dead Cells, Stray, Sifu),
– Et des projets comme Clair Obscur: Expedition 33 qui assument totalement le concept de JRPG made in France.
La MoogleMap France, ce n’est donc pas juste un plateau de fromages.
C’est un territoire rempli de points d’EXP, de boss créatifs, de PNJ passionnés et de quêtes secondaires qui, mises bout à bout, racontent une chose simple :
La France est un pays de jeux vidéo. Même si elle ne s’en rend pas toujours compte.







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