Je vais être honnête : plus je repense aux saisons 4 et 5 de The Boys, plus j’ai l’impression de voir une série qui ne savait plus réellement comment terminer sa propre histoire.
Et c’est frustrant, parce que pendant longtemps, The Boys a été exactement ce que beaucoup de séries de super-héros n’osaient plus être : agressive, sale, drôle, politique, violente et surtout imprévisible.
Elle avait compris très tôt que le vrai sujet n’était pas les super-pouvoirs, mais le pouvoir lui-même.
Le pouvoir médiatique.
Le pouvoir économique.
Et le pouvoir politique.
Et au début, tout cela tenait remarquablement bien ensemble.
Mais plus la série avançait, plus j’ai eu le sentiment qu’elle confondait l’escalade avec la progression.
Comme si faire “plus” suffisait automatiquement à faire “mieux”.
Le problème n’est donc pas que The Boys soit devenue plus extrême. Une série pareille devait forcément pousser toujours plus loin la violence, le malaise et la satire.
Le vrai problème, c’est qu’elle a fini par perdre le contrôle de ses propres personnages et de sa propre logique dramatique.
Et cela se ressent partout dans les deux dernières saisons.
Une série qui fonctionnait parce qu’elle savait où elle allait

Les premières saisons de The Boys avaient une idée extrêmement forte : et si les super-héros étaient simplement des produits de consommation ?
Derrière les grands discours héroïques et les costumes patriotiques, il n’y avait pas de morale supérieure, juste du marketing, des intérêts économiques et des monstres protégés par une machine médiatique.
C’était brillant parce que la série réussissait à mélanger plusieurs choses à la fois :
- une satire des multinationales,
- une critique du culte de la célébrité,
- une réflexion sur la fabrication politique,
- et une vraie tragédie humaine.
Hughie fonctionnait parfaitement comme point d’entrée dans cet univers.
Ce n’était pas le plus fort ni le plus charismatique, mais il représentait l’humain normal dans un monde dominé par des êtres capables de tuer sans conséquences.
Butcher, lui, incarnait une haine tellement absolue qu’elle en devenait presque mythologique.
Et Homelander était probablement l’un des meilleurs antagonistes télévisés récents : une célébrité super-héroique narcissique, terrifiante parce qu’elle était à la fois puissante et émotionnellement incapable de supporter la moindre frustration.
Surtout, la série avait encore quelque chose de précieux : des conséquences.
Quand un personnage faisait un choix, cela modifiait réellement le monde autour de lui.
Les tensions semblaient naturelles.
Les excès avaient une fonction dramatique. Même les moments les plus grotesques servaient encore le récit.
Puis la série a commencé à s’étendre.
Le capitalisme a fini par tuer The Boys

Et c’est probablement là la plus grande ironie de toute la série : The Boys a fini dévorée exactement par ce qu’elle dénonçait depuis le début.
À force de vouloir transformer son univers en franchise géante, la série a commencé à penser davantage à son expansion qu’à son récit principal.
On le sent partout.
Les spin-offs.
Les préquelles.
Les personnages gardés artificiellement en réserve.
Les intrigues étirées.
Les nouvelles séries déjà préparées avant même la fin de l’histoire principale.
Et surtout cette obsession autour de Soldier Boy.
Je vais être clair : j’aime beaucoup Soldier Boy.
Jensen Ackles apporte énormément de charisme au personnage.
Mais plus la série avançait, plus j’avais l’impression que Kripke était fasciné par lui au point de déséquilibrer le reste de l’univers.
On sent presque l’héritage de Supernatural derrière cette relation créative.
Le problème, c’est qu’à force de vouloir développer Soldier Boy et préparer la préquelle Vought, même Hughie finit par devenir secondaire dans sa propre série.
Et ça, pour moi, est un énorme symptôme du problème général.
Hughie était censé être le cœur émotionnel de The Boys.
Le regard humain.
Celui qui subit avant de comprendre.
Celui qui tente encore de préserver une forme de morale dans un monde qui récompense uniquement la violence.
Or, dans les dernières saisons, il donne parfois l’impression d’être simplement déplacé d’une intrigue à l’autre pendant que la série préfère investir son énergie ailleurs.
Homelander : le personnage que la série ne comprend plus totalement

Le plus gros problème reste cependant Homelander.
Parce qu’au départ, il était absolument fascinant.
Homelander faisait peur parce qu’il ressemblait à une divinité malade. Pas simplement à un psychopathe.
Il suffisait d’un sourire, d’un regard ou d’un silence pour comprendre qu’il pouvait faire exploser le monde entier si quelque chose blessait son ego.
Mais dans les dernières saisons, j’ai eu de plus en plus l’impression que la série réduisait le personnage à une caricature de lui-même.
Et surtout : jamais Homelander n’aurait dû finir à supplier comme il le fait dans la conclusion.
Je vais être direct : les scènes où il propose des humiliations sexuelles absurdes dans le dernier épisode, où il parle de manger un poireau ou des excréments pour survivre, ne fonctionnent pas du tout selon moi. Pas parce qu’un personnage puissant ne peut pas avoir peur de mourir, mais pas à ce point là.
Et cela détruit totalement ce que la série avait construit autour de lui.
Homelander peut être pervers, cruel, narcissique, humiliant ou même pathétique par moments.
Mais il ne devrait jamais perdre sa dimension symbolique.
Le problème, c’est qu’Eric Kripke semble parfois incapable d’imaginer un homme puissant autrement que comme quelqu’un d’intérieurement grotesque.
Et à force de pousser cette logique jusqu’à l’extrême, la satire finit par détruire son propre personnage.

On n’est plus face à une critique du pouvoir.
On est face à une volonté presque automatique de ridiculiser toute figure dominante jusqu’au bout.
Et c’est dommage, parce qu’Homelander était bien plus intéressant lorsqu’il ressemblait à une menace quasi mythologique plutôt qu’à une simple machine à humiliations.
Des dirigeants monstrueux ayant refusé de supplier pour leur vie, l’Histoire en a connu énormément.
Même dans leurs derniers instants, certains sont restés enfermés dans leur propre orgueil, leur fanatisme ou leur folie.
Homelander aurait dû être de cette catégorie-là : quelqu’un incapable de réellement comprendre qu’il pouvait perdre.
Le voir réduit à ce type de dialogues casse totalement la tragédie du personnage.
L’épisode 6 promettait pourtant quelque chose d’énorme

Le moment où j’ai réellement cru que la série allait redevenir immense, c’est la fin de l’épisode 6 lorsque Homelander obtient le V1.
Là, honnêtement, j’ai pensé :
“Enfin.”
Je croyais qu’on allait assister à une vraie catastrophe.
Une montée en puissance totale.
Un Homelander littéralement impossible à arrêter.
Une espèce de zenkai boost à la Dragon Ball Z qui allait obliger tous les personnages à s’unir.
Et franchement, cela aurait été logique.
Imaginez :
- Starlight,
- Butcher,
- Hughie,
- Kimiko,
- A-Train,
- Marie Moreau,
- les héros de Gen V,
- tous forcés de coopérer contre une créature devenue quasiment divine.
Pas une alliance propre façon Marvel.
Une alliance désespérée de gens qui se détestent mais qui n’ont plus le choix.
Là, on aurait eu un vrai changement d’échelle.
A-Train aurait même pu avoir une mort héroïque parfaite en aidant les autres à fuir un Homelander devenu incontrôlable.
Cela aurait donné un meilleur sens à son évolution.
Mais au lieu de ça, la série reste constamment prudente.
Comme si elle voulait faire croire qu’elle allait casser son univers sans jamais vraiment oser le faire.
Sage : une idée brillante sabotée par l’écriture

Sage est probablement l’exemple parfait du potentiel gâché des dernières saisons.
Au départ, le personnage est excellent.
Enfin quelqu’un qui domine non par la force brute mais par l’intelligence.
Enfin une menace stratégique capable de rendre la prise de pouvoir d’Homelander crédible autrement que par la violence.
Et pendant un moment, cela fonctionne très bien.
Elle participe littéralement à un coup d’État aux États-Unis.
Elle aide Homelander à prendre le pouvoir, à construire les camps, à détruire les oppositions.
Sans elle, il n’aurait probablement jamais réussi à aller aussi loin.
Donc comment la série décide-t-elle de gérer cela ensuite ?

En la transformant presque en personnage idiot.
Le moment où elle utilise Kimiko pour vérifier les pouvoirs de Soldier Boy qu’elle possédait à son tour est déjà absurde tellement le risque est énorme.
Puis elle finit tranquillement à Orlando à faire des attractions Harry Potter comme si elle n’était pas responsable d’un régime quasi fasciste ayant provoqué des milliers de morts.
Je suis désolé, mais cela ne fonctionne pas.
À ce niveau-là, Sage est plus qu’une complice.
Elle est l’un des cerveaux principaux du régime d’Homelander.
Qu’elle puisse simplement “continuer sa vie” sans devenir une cible prioritaire paraît totalement absurde.
À moins que la série veuille suggérer qu’elle manipule encore tout le monde, mais ce n’est jamais réellement développé.
Encore une fois, on retrouve le même problème : une idée brillante, puis une écriture qui semble perdre confiance dans son propre personnage.
L’épisode 7 gaspille du temps pendant que l’épisode 8 court partout
Et c’est probablement là que les défauts structurels deviennent impossibles à ignorer.
L’épisode 7 donne parfois l’impression d’être du remplissage alors qu’on approche de la conclusion finale.
On a littéralement le temps de voir des personnages se renifler les fesses pendant que des intrigues majeures restent sous-développées.
Puis l’épisode 8 arrive et rush absolument tout.
L’attaque de la Maison Blanche, par exemple, est extrêmement étrange.
Les ennemis utilisent des armes à feu contre des super-héros comme si cela allait réellement changer quelque chose. La mise en scène donne moins l’impression d’un véritable affrontement que d’un scénario essayant simplement d’amener ses personnages vers la fin.
Même la confrontation avec The Deep paraît bizarrement construite.
Starlight l’envoie près de la mer alors qu’ils étaient à Washington. Elle ignore probablement que les créatures marines veulent sa mort, quelle idée de l’emmener vers son lieu de prédilection ?!

O’Father, lui, méritait beaucoup mieux.
Le personnage avait énormément de potentiel : faux religieux, manipulateur, incarnation parfaite de l’hypocrisie morale de l’univers de The Boys.
Et pourtant, il finit presque réduit à un gadget autour d’une gag ball achetée par Ashley.
Même sa mort paraît étrange.
Théoriquement, l’attaque aurait dû arracher les bras de Mother’s Milk vu la puissance impliquée.
Mais la série semble parfois ignorer sa propre logique physique selon les besoins du scénario.
Le combat final ne tient pas totalement debout

Et puis arrive enfin le duel final entre Homelander et Butcher.
Sur le papier, c’est exactement ce que la série construit depuis le début.
Dans les faits, énormément de choses paraissent artificielles.
Pendant la troisième saison, Soldier Boy, Butcher et Hughie sous V Temp avaient déjà du mal à contenir Homelander. Mais soudainement, cette fois-ci, tout fonctionne parce que le scénario a décidé que c’était le moment.
Encore plus étrange : Homelander, capable d’envoyer Elon Musk dans l’espace en quelques secondes, devient incapable de fuir.
Alors que dans l’épisode 6, les héros avaient énormément de mal à retenir Bombsight, pourtant bien moins puissant.
Et malgré tout cela, Anthony Starr et Karl Urban continuent pratiquement de porter la série sur leurs épaules.
Karl Urban reste exceptionnel dans le rôle de Butcher.
Et Anthony Starr continue de rendre Homelander fascinant même lorsque l’écriture vacille.
Mais encore une fois, jamais Homelander n’aurait dû finir à proposer des humiliations absurdes devant des caméras diffusant son allocution et sa mort.
Il aurait dû rester enfermé dans son propre orgueil jusqu’au bout.
Qu’il tente de manipuler Butcher, oui.
Qu’il lui propose Vought, l’argent ou même des illusions liées à Becca, totalement.
Mais pas cela.
Cela détruit la grandeur tragique du personnage.
Butcher avait presque raison

Et c’est probablement ce qui rend la fin encore plus intéressante malgré ses défauts : The Boys finit presque par donner raison à Butcher.
Parce que dans cet univers, combien de supers ont réellement résisté à Homelander ?
Très peu.
À part :
- Starlight,
- Kimiko,
- certains personnages de Gen V,
- quelques exceptions rares,
La majorité des supers ont soutenu le système, fermé les yeux ou directement participé à la terreur.
Ils se comportent presque comme une caste convaincue d’être supérieure au reste de l’humanité.
Donc lorsque Butcher veut utiliser le virus pour tous les éliminer, son raisonnement devient monstrueux… mais pas totalement incompréhensible.
Et c’est justement ce qui rend le personnage tragique.
Hughie finit par l’empêcher d’utiliser le virus et tue Butcher avant qu’il ne passe à l’acte.
Mais même là, la conclusion paraît étrange.
Butcher prétend ensuite qu’il allait appuyer alors qu’on le voit renoncer pour “rassurer” Hughie, et tout le monde accepte cela très rapidement.
Et honnêtement, je continue même à me demander comment Hughie a pu sortir seul le corps de Butcher du bâtiment Vought après tout ce chaos.
Une victoire qui ressemble surtout à une pause

Le plus ironique, c’est que la fin elle-même montre déjà pourquoi le problème recommencera.
Homelander n’était finalement qu’un produit de Vought.
Et avec Stan Edgar de retour, rien n’empêche la création d’autres monstres.
Le scientifique capable de créer un nouveau virus anti-supers n’est plus là, mais cela ressemble surtout à une manière pratique d’empêcher une résolution définitive… probablement parce que l’univers doit continuer avec d’autres séries.
Encore une fois : le capitalisme.
Ryan part vivre avec Mother’s Milk, qui fonctionne d’ailleurs très bien comme figure protectrice presque paternelle.
Hughie ouvre un magasin de musique avec Starlight, même si le fait d’appeler leur enfant Robyn reste particulièrement étrange compte tenu de tout ce que représente encore ce traumatisme.
Et pendant ce temps, Sage doit probablement être à Orlando en train de faire des attractions Harry Potter après avoir aidé à construire un régime autoritaire.
Rien que cette phrase résume assez bien le problème des dernières saisons.
Conclusion

Je ne pense pas que The Boys soit devenue une mauvaise série du jour au lendemain.
Elle garde encore énormément de qualités :
- des acteurs excellents,
- une vraie identité visuelle,
- certaines scènes marquantes,
- une capacité unique à mélanger violence, malaise et satire.
Anthony Starr et Karl Urban ont pratiquement porté la série sur leurs épaules jusqu’au bout.
Mais je pense sincèrement qu’elle aurait pu être beaucoup plus grande.
Elle avait les personnages, les thèmes, le potentiel tragique et la montée dramatique nécessaires pour devenir une immense série sur le pouvoir, la corruption et la violence.
Au lieu de cela, elle a fini par se disperser dans :
- les spin-offs,
- les préquelles,
- la surenchère,
- les provocations gratuites,
- et une logique de franchise qui a progressivement mangé son récit principal.
Et c’est probablement cela qui me laisse le plus amer.
Parce que The Boys n’a pas seulement perdu une partie de sa cohérence.
Elle a fini par devenir exactement ce qu’elle dénonçait depuis le début.
Mais bon, j’imagine que c’était ce que Clara aurait voulu.







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